Chroniques de 1945

8 mai 1945 : c’est la capitulation de l’Allemagne et le retour de la paix en Europe. Des fêtes de la victoire s’organisent spontanément : défilés et chants, retraites aux flambeaux, bals.

Cette explosion de joie est une parenthèse dans la vie quotidienne des Guyancourtois et des Français. Car les privations et les souffrances de la guerre perdurent après la Libération. L’hiver 1944-1945 est rude, les familles sont encore séparées.

Mais un nouvel avenir s’ouvre pour tous et la reconstruction démarre. Chronique de la vie quotidienne à Guyancourt en 1945.

 

Les déportés, les prisonniers de guerre et les travailleurs forcés du STO (Service du Travail Obligatoire) représentent près de deux millions de personnes retenues en Allemagne et qu’il faut rapatrier en France. C’est la mission du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés créé en septembre 1944. La plupart d’entre eux rentre en France entre avril et mai 1945.

Dans les familles, l’accueil de l’absent n’est pas toujours facile. Les difficultés quotidiennes prennent vite le pas sur la joie des retrouvailles. Les liens familiaux se sont distendus en 5 ans : les jeunes enfants ne reconnaissent pas leurs pères, les épouses ont appris à vivre sans mari… Le taux de divorces augmente fortement dès 1946.

Pour l’administration, le retour des absents est un défi. Sans ressource, parfois sans famille, blessés ou en mauvaise santé, les rapatriés ont droit à un soutien financier, des tickets de rationnement, un colis de nourriture… Si leur santé leur permet de travailler, ils bénéficient d’une priorité d’embauche. À l’époque, on manque de main-d’œuvre pour reconstruire le pays.

Les pénuries alimentaires ne disparaissent pas dès la fin de la guerre. L’achat de produits du quotidien (pain, farine, chaussures, charbon…) continue d’être soumis à la présentation d’un ticket de rationnement.

Les Français doivent se procurer une carte d’alimentation nominative auprès de leur mairie. Ils sont classés en fonction de leurs besoins : E pour les nouveaux nés, A pour les adultes, V pour les vieillards, etc.

Cette carte donne droit à des tickets, qu’il faudra présenter dans les commerces pour pouvoir acheter une quantité précise de produit. La couleur des tickets indique le produit concerné : violet pour le beurre, rouge pour le sucre… Le rationnement est strict : il attribue à chacun entre 1200 à 1800 calories par jour. Aujourd’hui la consommation moyenne en France par adulte est de 3 654 calories !

Au mois de mai 1945, l’Etat tente de supprimer le rationnement sur le pain. Mais les pénuries obligent son rétablissement en décembre. Il faut attendre le 1er décembre 1949 pour que l’économie française se relève et que l’ensemble des tickets de rationnement soit supprimé.

À partir de 1940, Guyancourt est occupé par l’armée allemande. L’aérodrome en particulier (aujourd’hui quartier de Villaroy) accueille l’aviation allemande. C’est donc une cible de choix pour les armées alliées. Le 26 juin 1943, elles lâchent environ 200 bombes sur l’aérodrome. Celles-ci endommagent le préau de l’école, l’église, plusieurs immeubles d’habitation et d’autres bâtiments encore. Heureusement, les seules victimes à déplorer sont des moutons. Guyancourt est partiellement privée de téléphone et totalement d’électricité. Un huissier relève le détail des destructions quelques jours plus tard, mais la reconstruction ne peut intervenir rapidement à cause du manque de budget et de la pénurie de matériaux.

Une loi de 1946 accorde aux sinistrés un droit à réparation intégrale pour les dommages subis pendant la guerre. Le Ministère de la Reconstruction doit examiner plus de 6 millions de dossiers : il faut donc de la patience et plusieurs années pour obtenir une indemnisation. Par exemple, le dossier présenté par le fermier Joseph Besnard sera clôturé en 1960.

Si l’école s’est poursuivie pendant la guerre, la scolarité des enfants de Guyancourt a tout de même été perturbée. On peut imaginer la difficulté des élèves pour se concentrer quand la faim et la peur d’un bombardement sont présentes. L’école est en effet en partie détruite par le bombardement de juin 1943. L’année suivante, les bombardements alliés sont si nombreux que les élèves doivent quitter le centre-ville, trop proche de l’aérodrome de Guyancourt. Ils s’installent à Bouviers, dans l’arrière-salle de l’épicerie Ferchal.

En 1945, la municipalité fait tout son possible pour remettre l’école du village en état. Elle ouvre comme prévue pour la rentrée scolaire (à l’époque le 1er octobre). Mais dans un courrier du 23 octobre, on apprend que les opérations de déminage autour de Guyancourt causent de telles explosions que les vibrations font tomber les carreaux des fenêtres ! Les élèves souffrent du froid et tombent malades. Il est même question de fermer l’école pendant l’hiver !

Partir en vacances ?

Après-guerre, la ville s’engage pour offrir des vacances d’été aux enfants de Guyancourt. En 1946, l’Union de la Jeunesse Républicaine de France (une organisation communiste pour la jeunesse), propose d’accueillir une vingtaine d’enfants près de Châteaubriant.

De leur côté, les instituteurs programment un voyage de fin d’année à la mer. Pour réunir les fonds nécessaires, ils créent la « coopérative scolaire » : l’ensemble des élèves élit à la majorité un secrétaire et un trésorier. Chaque mois ils apportent leur cotisation et fabriquent des objets à vendre lors de leurs cours de travaux manuels. Après Dieppe en 1946, les enfants découvrent Deauville l’année suivante.

La lecture jeunesse

Après la guerre, de nombreuses parutions destinées à la jeunesse mettent en scène la résistance et les Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.). Ces hommes et femmes, portés en héros, vivent les plus folles aventures pour distraire les enfants… et construire une mémoire patriotique, oublieuse de la défaite de 1940 et de la collaboration. La revue jeunesse la plus connue est « Vaillant », devenue en 1969 « Pif Gadget ». On peut y suivre les aventures de « Fifi, gars du maquis » entre 1945 et 1947. Des publications similaires voient le jour, comme cette version des éditions Perfrac : « Plastic, gars du maquis »

Et les adultes ?

Parmi les activités de loisirs qui reprennent à la fin de la guerre, l’Etoile Sportive de Guyancourt (ESG) reprend les tournois de football avec les communes environnantes. Le sport n’était pas interdit pendant l’Occupation, c’était même l’un des rares loisirs encore accessible. Mais l’association sportive a été mise en sommeil en 1942, car ses jeunes membres ont été réquisitionnés pour le STO (Service de Travail Obligatoire).

La lutte pour le droit de vote des femmes remonte à la Révolution Française, lors de l’instauration du droit de vote « universel masculin ». Dès la fin de la Première guerre mondiale, et fortes d’avoir remplacé les soldats partis au front, les Françaises réclament le droit de voter. Plusieurs projets de loi sont ratifiés par les députés mais rejetés par les sénateurs en 1919, 1925, 1932 et 1935 !

C’est le gouvernement provisoire de la République qui, le 21 avril 1944, accorde enfin le droit de vote et l’éligibilité aux femmes, sans restriction. Les Guyancourtoises sont nombreuses à se faire inscrire sur la liste électorale : de 241 électeurs masculins en 1939, le corps électoral atteint 436 noms en 1944 !

Elles votent pour la première fois aux élections municipales d’avril 1945, puis à nouveau au mois d’octobre pour élire une assemblée constituante, chargée de rédiger une nouvelle Constitution, celle de la quatrième République.

Les bals publics sont interdits dès 1940, et le resteront (sauf dérogation du Préfet) jusqu’en avril 1945. L’interdiction est d’abord justifiée par l’effort de guerre et les restrictions qui frappent le pays. À partir de 1943, il est même interdit de danser dans les mariages ! À la Libération, l’interdiction perdure au nom des prisonniers et déportés qui souffrent encore en Allemagne, bien que les dérogations soient de plus en plus nombreuses.

À Guyancourt comme ailleurs à la campagne, la danse et les bals sont des loisirs très populaires, des occasions pour les jeunes de se rencontrer et de se divertir. Aussi les bals officiels reprennent rapidement ainsi que d’autres événements festifs qui permettent d’oublier un peu les tracas du quotidien.

L’Union des Femmes Françaises organise une fête dansante le 10 février 1945. La municipalité leur prête la salle des fêtes. Au mois de mai, les femmes guyancourtoises organisent des activités pour la fête des mères : une séance de cinéma est organisée par un habitant. Les adhérentes de l’association collectent œufs, sucre, levure et tickets de pain pour organiser un goûter, malgré le manque de ravitaillement. Les enfants, aidés par l’institutrice, préparent une « matinée récréative » pour les mères de famille.

Ces événements festifs, bals, séances de cinéma, sont aussi l’occasion de récolter des fonds en faveur des prisonniers, déportés, ou des familles pauvres de la commune.

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